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L'absent
Aspirant des Alizées d'Azur
Inscrit:
03/02/2016 21:15
Post(s): 48
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L’absent – 1 –


Il ne parlait plus, ne se lavait guère, mangeait, oubliait, mangeait encore et, lorsque le tourment du désir imposait à sa main le chemin de son ventre, il se caressait. Et, toujours, il souriait.
La maladie l’envahissait, lentement, inexorablement, comme un lierre qui s’approprie un arbre sain.
Il y avait Elle – maman – infirmière – sœur – amie – épouse – toujours là, dans l’orbite de cet astre dont la lumière vacillait, elle qui tentait d’arracher aux serres de la maladie quelques pépites, elle qui osait encore lancer des passerelles entre la nébuleuse de son esprit et le reste de l’univers ; passerelles, tentacules, grappins, pour retenir encore un peu cet astre à la dérive.
En lui, le temps faisait des courts-circuits, brûlait, déconnectait, le chaos s’installait. Ma ….Mo….. Oui….. Pa …….Da…..Non…….. Seul le visage d’Elle l’éclairait encore dans ses presque ténèbres.

Elle. Chaque jour le pas qu’elle faisait vers lui était plus ardu. Il s’éloignait encore, lui échappait, se désagrégeait, gagné par un brouillard invisible .

Ses yeux se posent sur le visage de l’homme qu’elle a tant aimé : est-ce que c’est le même Pierre qu’elle a connu trente ans auparavant ? Sculpteur de bois, créateur à l’imagination et à la sensibilité toujours en éveil, doux et fort à la fois, passionné par son art, curieux des autres et de la vie, projetant et se projetant sans cesse…

Dire les mots anciens, les dire et les redire encore afin de tester leur écho en elle : « Pierre, mon amour ». Sentir à nouveau sur son corps ses mains rugueuses, expertes dans l’art de déchiffrer les creux et les courbes, lui, l’alchimiste découvreur d’épures sous le fatras des écorces, les imbroglios des formes ligneuses….

« Je veux voir comment tu es à l’intérieur, Marie .Laisse ton corps me dire, laisse mes mains l’interroger. »
Et puis, plus tard : « Là, à la fourche de ton ventre, il y a un petit cade, dense et odorant et j’aurai beau m’y réfugier mille fois, dix mille fois, jamais je n’en épuiserai son mystère »
Elle écoute son propre corps : est-ce qu’il tremble encore en entendant les mots ?
« Pierrot, je t’aime, mon Pierrot ». Voilà ! Ce petit nom qu’elle avait toujours refusé, sachant intuitivement qu’il le diminuerait, s’imposait maintenant à ses lèvres parce qu’il n’était plus l’égal – mari, amant, artiste – mais Pierrot le Fou, Pierrot de la Lune, Pierrot de la Lune des Fous, petit enfant désaccordé dans son habit d’homme. Elle éprouve pour lui tant de ….Est-elle encore capable de ressentir quoi que ce soit ? Il y a tant et tant de strates à traverser pour
atteindre son âme.

« Je suis morte », dit-elle aux amis qui se préoccupent d’elle.

Le temps s’était arrêté trois ans auparavant lorsque le diagnostic lui était tombé sur la tête. L’impensable était advenu, écrasant, anesthésiant par son énormité toute émotion. A 50 ans !
Elle allait se réveiller, le médecin avait fait une erreur… puis la première défaite : soit ! Mais on devait pouvoir faire quelque chose ; elle se battrait pied à pied contre l’ennemi. Mais l’Autre, la voleuse d’âme, parasite inexpugnable, gagnait sans cesse du terrain. Oui, elle avait cru au travail de l’orthophoniste, elle l’avait même suppléé chaque jours : « Répète, Pierre !

L’absent – 2 -


Encore ! Encore ! Oui ! ». Mais peu à peu, bien trop vite, Pierrot avait remplacé Pierre. Oui, elle avait lu des milliers de pages sur cette pourriture de maladie, avait interrogé des sommités médicales, écrit, rencontré, s’était associée… Rien ni personne ne pouvait faire barrage.
Maintenant,le quotidien pèse très lourd, chaque jour s’étire, lui paraît sans fin. Pourtant la multiplicité des tâches à accomplir la leste dans le réel, chaque acte qui mobilise son énergie et sa concentration l’ancre dans le présent, l’empêche de dériver.
Au début, l’insomnie avait été sa compagne des nuits. Maintenant, elle dort d’un sommeil lourd et sans rêves pour se réveiller, épuisée, cinq ou six heures après. Il est trop tôt pour se lever, pour qu’ils se lèvent tous deux ; car la maladie qui le dépouille peu à peu lui a donné une espèce de 6ème sens : si elle quitte le lit, s’éloigne de lui, il s’éveille et veut être près d’elle.
Alors, elle reste allongée….le plus longtemps possible et, de ces heures qui pourraient être noires, elle a fait son espace de lumière et de liberté. « Promenade dans mon jardin », se raconte-t-elle. La maison est entourée d’un vaste jardin planté d’arbres et d’arbustes, avec un vrai pré. Elle en fait le tour, pas à pas, de son lit, chaque matin. Elle sait que chaque jour est différent du précédent, que des changements même infimes sont perceptibles à qui sait les accueillir : couleurs, odeurs, formes. Cette belle nature qui l’entoure, elle s’en pénètre et se livre à elle tout à la fois, osmose parfaite où elle l’accompagne dans ses minuscules élans végétatifs.
Elle, la petite Parisienne ! Aurait-elle pu imaginer qu’elle puiserait là la force nécessaire pour continuer ?
C’est ce qu’elle est en train de se demander ce jour de mars, plein de printemps. Il y a un grand soleil sur le pré…où elle est assise, à vingt mètres de la maison. Que sera ce printemps porteur de ténèbres en même temps que de lumière ?
Son regard est aimanté par une touffe de narcisses déjà épanouis. La beauté du paysage et la paix des lieux l’emplissent et les fleurs la captivent, l’entraînent dans leurs corolles. Tout à l’heure, elle se lèvera pour respirer leur parfum entêtant. Pour l’instant, il ne faut pas bouger, surtout ne rien déranger.
Soudain, elle le voit sortir de la maison, un peu hésitant, regardant autour de lui. Est-ce qu’il l’a vue ? La cherche-t-il ? Son pas se fait plus décidé ; c’est vers la touffe de narcisses qu’il se dirige. Voilà ! Il s’immobilise, tout son être tendu vers les fleurs. Et il demeure là, comme hypnotisé, semble-t-il ; et elle retient son souffle. Ainsi…..Ainsi, lui, l’ex-artiste garderait jusqu’à la fin le sentiment du beau, il y aurait quelque chose d’intact, d’inexpugnable dans cet esprit dévasté qui l’accompagnerait jusqu’au bout …..
Il tend un bras, l’autre, et se met à arracher les têtes des fleurs. Un bouquet, est-ce un bouquet que tu voudrais faire, Pierrot ? Elle rit de sa maladresse. Son rire s’arrête net : il a enfourné les fleurs dans sa bouche, il les pousse et, les joues gonflées, comme un petit garçon trop gourmand, il mâche, il mâche et il sourit.

Contribution le : 28/02/2016 15:37
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Re: L'absent
Animatrice
Inscrit:
26/09/2008 15:04
De Marseille
Post(s): 644
Hors Ligne
Le lent délabrement du corps et de l'esprit... arracher chaque jour une étincelle au néant... Pour ceux qui ont vécu la perte d'un proche après ce genre de maladie, ton texte fait écho et la chute dérisoire l'est autant que la vie....


Contribution le : 29/02/2016 09:52
_________________
" ... écrire c'est allumer un feu ... "
http://babette.blogzoom.fr/
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