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Message d'accueil : Fausses Vérités et Vrais Mensonges
Posté par ¤Jomico¤ le 29/08/2020 13:30:00 (68 lectures)

Quel rapport entretenons-nous avec les idées, les croyances, les pratiques que notre civilisation a reconnues comme fausses ?
Historiquement, la vérité a été le moyen par lequel l’humanité a cru pouvoir séparer tout ce qui était socialement admissible de ce qui ne l’était pas.
On s’attendrait donc à ce que tout ce qui a été jugé faux ne puisse faire l’objet que d’indifférence ou d’hostilité.
Mais l’Histoire est là pour nous rappeler qu’il n’en a pas toujours été ainsi.
A côté de ceux qui ont critiqué, condamné et persécuté le faux, il y a toujours eu ceux qui ont succombé à son pouvoir de séduction ou qui ont adhéré volontairement aux idées, aux croyances et aux pratiques qui avaient été qualifiées de fausses.
Cela est vrai aussi pour notre époque qui, malgré ses allures rationnelles et sceptiques, est périodiquement submergée par des vagues de crédulité.

D’où vient le pouvoir du faux ? Sa capacité de faire des adeptes ? Sa capacité à survivre aux multiples campagnes de persécution qui ont été lancées contre ses oripeaux ?







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S’il est un auteur qui a fait de ces questions l’un des objets privilégiés de sa réflexion, c’est Umberto Eco.





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Le thème du faux, de son emprise sociale, du pouvoir de séduction qu’il exerce même sur ceux qui ont été avertis de son caractère nuisible constitue l’un des thèmes majeurs de son œuvre narrative.
Qu’il s’agisse d’éloigner des moines trop curieux d’un livre interdit en répandant de fausses prophéties apocalyptiques, ou de faire croire à une secte de mythomanes qu’on a su déchiffrer un manuscrit mystérieux exposant en forme cryptée le plan élaboré par les Templiers pour la conquête du monde, ou encore de se persuader que la vie se déroule exactement comme on l’imagine dans le roman qu’on est en train d’écrire (pour ne prendre en considération que quelques-unes des situations narratives autour desquelles Eco a construit ses fictions), dans tous les romans de cet auteur, le mensonge joue un rôle de premier plan. Quels que soient les ressorts de l’intrigue d’un point de vue strictement événementiel.











Le plus important est-il ce que l’on croit ou ce qui est vrai ?

Premier slogan détonnant, première devise du régime « Big Brother » : il révèle l’intérêt de maintenir la population dans une hystérie guerrière constante et dans la haine d’autrui.
C’est un peu le principe de la division pour mieux régner. Le but ultime étant de supprimer tout sentiment, comme l’exprime George Orwell (1984).










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L’œuvre de l’auteur anglais (Eric Arthur Blair de son vrai nom) est indissociable de son époque.
Dans 1984, nous plongeons dans un monde où le totalitarisme a atteint son stade extrême.
A travers les yeux de Winston Smith, fonctionnaire discipliné du ministère de la Vérité, nous découvrons une société cauchemardesque, régentée par le parti unique et tentaculaire de Big Brother.
Très vite l’angoisse du héros nous contamine et cette sensation de faire corps avec lui perdurera tout au long du récit.
Le style d’Orwell qui mêle toutes les sensations (visuel, odorat, ouie, toucher) est propice à cette immersion.
On croit mâcher le ragoût à la saveur métallique, sentir l’odeur aigre du gin, avoir les « dents glacées » en entendant les télécrans, être gélatineux de fatigue après les 20 heures de travail journalier …
De façon générale, ce qui frappe, c’est la capacité de l’auteur à esthétiser son récit.

Malgré ces quelques remarques formelles, " 1984 " est un roman important.
Il y aurait encore beaucoup d’éléments à évoquer (la novlangue, la présence de trois classes sociales qui ne se mélangent pas, la capacité de torturer en convoquant le pire cauchemar de l'interrogé).
Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est que ce roman n'est pas si éloigné que cela de la réalité de dictatures qui ont pu commettre différents méfaits au cours des siècles derniers.





Cette caractéristique sociale n’est pas sans rappeler la situation des sociétés musulmanes où la sexualité féminine est considérée comme un réel danger pour la société.
Et où le pouvoir politique est amené à régenter les pratiques sexuelles autorisées dans le pays, à supprimer toute ou presque manifestation de plaisir ou de loisir.
Le régime taliban afghan qui a interdit la télévision, la radio, la musique, les jeux, les rires, les rassemblements, les hamams, les fêtes de mariage, la célébration du " nowrouz " , (le nouvel an persan), parler à des étrangers ... Régime où tout est proscrit sauf la prière.
L’accès aux hôpitaux fut même interdit aux femmes pendant de nombreux mois au nom de la ségrégation des sexes poussée à l’extrême.








Le doute, un remède contre les fausses nouvelles !








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À une certaine époque, la confiance de la population envers les médias était élevée.
Jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle, les organes de presse avaient le quasi-monopole de l’expression publique.
Ils avaient un certain contrôle de l’information qui était consommée par la population.
Certains journalistes et publications étaient plus responsables que d’autres, mais les nouvelles objectivement inexactes voyageaient relativement lentement.
Généralement, on croyait que si une nouvelle était dans le journal, elle devait être vraie.

Internet et les médias sociaux ont tout changé.
N’importe qui peut maintenant être reporter ou éditeur, et la différence entre la vérité et la propagande est difficile à établir.
Des « nouvelles » deviennent virales en quelques heures.
La confiance envers les journalistes et les institutions démocratiques s’effrite.




Le mensonge envisagé comme moyen de rompre avec les vérités dominantes ...











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En plus de la vérité référentielle qui fait de la conformité aux données de l’expérience la mesure de la vérité d’un énoncé, il existe d’autres vérités qui se jouent complètement de la conformité de ce qu’elles affirment avec le monde réel, mais qui n’en sont pas moins contraignantes pour la pensée humaine.

Soit les exemples suivants : « Croire, obéir et combattre ! », « Le travail rend libre ! », « La religion est l’opium du peuple », « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».


Aucune de ces affirmations ne renvoie à quelque chose d’évident, à quelque chose qui serait visible pour tout le monde et ne pourrait en aucun cas être réfuté (on pécherait par naïveté à croire le contraire, même si l’on trouvait des gens enclins à y reconnaître l’expression d’une vérité absolue).


N’empêche que ces prétendues vérités ont pu être vénérées, exaltées et, tant bien que mal, adoptées par une multitude de personnes. Elles ont même pu devenir le credo essentiel que tout individu, à une certaine époque de l’histoire, se devait de professer pour ne pas être rejeté de la société.
Il s’ensuit que préserver la possibilité de mentir dans une société, faire de cette possibilité un droit auquel tout individu doit pouvoir aspirer, devient un moyen de lutter contre le conformisme des idées et des opinions, et surtout, contre la dictature que ce conformisme a toujours favorisée et nourrie.











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L’ignorance c’est la force : l’obsession de la « vérité »



L’ignorance est une clé fondamentale pour asseoir le pouvoir total du parti.

C’est une des grandes obsessions d’Orwell que de dénoncer ce système basé sur le mensonge et le non sens.
Orwell décrit une organisation vertigineuse où chaque fait est consciencieusement modifié et ré-interprété pour servir les intérêts du Parti au moment voulu.
La question est posée : le plus important est-il ce que l’on croit ou ce qui est vrai ?
Les discours, les mots, les chiffres deviennent plus forts que les faits concrets les plus évidents.
La terreur couplée au conditionnement permanent font accepter n’importe quelle information, même la plus contradictoire ou la plus fausse.



Tuer à la source toute tentative de rébellion.



Orwell y consacre d’ailleurs tout un appendice en fin d’ouvrage.
Il y explique comment la langue a été remodelée pour empêcher toute forme de pensée élaborée.
« Une idée hérétique serait littéralement impensable, du moins dans la mesure où la pensée dépend des mots. »
Avec une précision prodigieuse, il imagine un idiome dans lequel aucune pensée structurée ne pourrait jamais éclore.
C’est probablement une des idées les plus fortes d’Orwell qui montre ici les biais du langage et comment il conditionne notre façon de pensée, et reflètent une idéologie, des valeurs, un postulat sur lequel Michel Foucault s’appuiera aussi pour démontrer notamment comment sont façonnées les idées de déviance sur la sexualité entre autres et la construction des discours « orientés » pour former ce qu’on nomme le « savoir ».









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Auteur Commentaire en débat
walco
Posté le: 04/09/2020 08:47  Mis à jour: 04/09/2020 08:47
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 Re: Fausses Vérités et Vrais Mensonges
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