Menu principal

Terre de créations

Terre de discussions

Recherche

Bienvenue sur TERRE DES MOTS


TERRE DES MOTS est un site d'expression libre ouvert à tous les styles d'écriture.

Que vous y soyez déjà plongés depuis longtemps ou que vous soyez une graine d'encre à germer, vos écrits sont les bienvenus sur ce site.

Nous pensons que la voie de l'écriture est salutaire, qu'elle est créatrice de liens, qu'elle nous rassemble et nous enrichit d'un
"nous-commun", elle est Culture.

Chacun d'entre nous a sa pierre à apporter à la construction de cet édifice, qui est par-dessus tout un lieu de partage.

Alors n'hésitez pas à participer et partager avec nous vos écrits et vos commentaires. Ensemble, faisons vivre cette "Terre Des Mots" qui est aussi la vôtre.

" Le désir d'écriture, à savoir la curiosité de soi-même et du monde, est en chacun. Suffit de le réveiller."
François Bon
Message d'accueil : Papiers poétiques d'une épidémie
Posté par ¤Jomico¤ le 25/03/2020 13:50:00 (7 lectures)

Déni, confusion, torpeur, sidération, panique, désarroi, impuissance … Créer à partir de la contagion permet de déployer le large éventail des affres humaines.
Découvrir comment certains génies de la littérature se sont emparés des épidémies.
Décrire la peste ou le choléra pour rappeler l’inéluctable contingence de l’existence. Dépeindre avec soin la mort d’un innocent pour figurer notre finitude. La littérature dénonce les dangers de l’omerta, à l’aube des pandémies, où la volonté de “ ne pas affoler les populations ” retarde les prises de décisions.
Déclencheur de crises morales et spirituelles, l’épidémie ébranle la rationalité des uns et trouble la foi des autres : en plongeant ses personnages dans une quête désespérée de sens, la littérature d’épidémie expose leurs remords et leurs élans d’insouciance.






Open in new window







Mais cette écriture permet aussi de traiter la problématique de l’enfermement.
Comment vit-on l’isolement provoqué par la quarantaine ?
le récit d’épidémie s’est érigé en un genre littéraire en soi, matière malléable à l’infini.







Open in new window











Étiolement de la temporalité, expérience de la séparation, appauvrissement du langage, banalisation de la mort ...
Roman star du récit d’épidémie, " La Peste de Camus " marque autant pour l’horreur de ce qu’il décrit que pour son ton étonnamment détaché.
Dans une expression dépouillée et méticuleuse, un narrateur chronique la propagation d’une épidémie carabinée à Oran, en Algérie, dans les années 1940.
Soucieuses de ne pas faire paniquer l'opinion publique, les autorités peinent à diagnostiquer ce qui se manifeste sous leurs yeux.
On assiste alors à toutes les étapes de l'épidémie, révélatrices des transformations que la maladie provoque au sein du quotidien des Oranais, bouleversant des relations humaines que la peste se délecte à infester.

Se pose alors une question cruciale : quelle attitude faut-il adopter ?

Tandis que le journaliste Rambert cherche à braver le dispositif de confinement pour retrouver sa dulcinée, le Père Paneloux blâme les habitants eux-mêmes, jugés responsables de la colère divine.
Le Docteur Rieux, lui, se refuse à la résignation et continue de se battre, d'assister les malades, malgré sa profonde affliction.

Sans doute peut-on percevoir dans cette peste camusienne une allégorie de la peste brune, du surnom donné au nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale.
Aurélie Palud, professeure agrégée en Lettres Modernes, expliquait en 2014 dans " Les Chemins de la Philosophie ", que dans ce récit l’épidémie physique se révèle être une épidémie morale.
Germe l’idée que l’homme porte le mal en lui-même.
Par la contamination épidémiologique, l’homme éclaire le mystère de sa propre identité.









Open in new window











1838. Angelo Pardi, hussard italien originaire de Piémont, est notre héros, en fuite après avoir remporté un duel mortel.
Ses tribulations le mènent à Manosque, en Provence, où une épidémie de choléra fait rage. Poursuivi par les autorités, qui le croient coupable d’empoisonner les fontaines de la ville, il erre sur les toits des demeures délaissées.
Il virevolte alors d’une maison à une autre, s’abstrait de l’abominable chaos de l’épidémie tout en s’offrant une contemplation impressionniste des paysages désolés d’une ville en agonie.
Néanmoins, en bon personnage d'inspiration stendhalienne, Angelo accorde une importance particulière au devoir et à la vertu.
Fort d’une immunité inexplicable et d’une noble dévotion, il se met au service de quelques condamnés dans l’espoir de les sauver du calvaire, se retrouvant aux premières loges de la danse macabre.
Il s’insurge contre ce mal foudroyant qui, selon lui, révèle “ la saloperie humaine ”.

Afin d’accentuer le souffle dramatique de son oeuvre, Giono s’est inspiré de la pandémie de choléra, bien réelle, de 1832, en exacerbant les symptômes de la maladie.
On retiendra la puissance évocatrice des cholériques gioniens qui dégobillent une substance " semblable à du riz au lait ".
Surnommé “l’ami des peintres”, l’écrivain brosse avec génie le panorama d’une Provence tragique, en mobilisant des éléments picturaux dans ses descriptions de la nature.
Giono inscrit ses personnages dans une exaltation épique et nous transporte sous la chaleur “ écœurante ”, “ lourde et huileuse ” d’un été maudit, tout en gardant une tonalité poétique et une construction musicale.









Open in new window











Dans " Les Pestiférés ", texte inachevé et longtemps oublié, Marcel Pagnol a ravivé l’épidémie de peste survenue en 1720 à Marseille.
Cette nouvelle est publiée en 1977, après sa mort, dans le recueil " Le Temps des amours ".
Trésor caché de la littérature d'épidémie, " Les Pestiférés " nous plonge dans les aventures d’une petite communauté marseillaise face à la propagation d’un terrible fléau.
Après de vifs pourparlers, les notables du coin menés par Maître Pancrace, médecin, et Maître Passacaille, notaire, prennent la décision radicale de confiner le quartier, en s’organisant comme une forteresse assiégée.
A travers le format de la nouvelle, Pagnol livre un savant enchaînement de péripéties toujours plus absurdes, si rocambolesques qu’on en oublierait presque le tragique sujet.
Dans un élan survivaliste, chacun se voit confier une mission pour participer à l’effort de guerre.
Guerre contre la propagation, guerre contre les profiteurs qui pillent les provisions.
Tous s’enduisent profusément d’un liquide qu’on dit efficace contre la contagion, le “ Vinaigre des Quatre Voleurs ”, équivalent à du gel hydroalcoolique.
Le tout conté dans un ton délicieusement burlesque.








Open in new window











Fin XIXe siècle, à bord de l’Ava pour rentrer chez eux, Léon et son frère Jacques voguent vers l’île Maurice.
Après une escale imprévue à Zanzibar, deux des passagers de leur embarquement révèlent des symptômes de variole.
Tous sont contraints de débarquer sur l’île Plate, havre volcanique de l’Océan Indien, où ils devront rester en quarantaine pour une durée indéterminée.
Inspiré par un événement de la vie de son grand-père, Le Clézio rapporte dans " La Quarantaine " l’expérience de l’isolement forcé, sur une île où la colonisation sépare les Européens des " coolies ", ces immigrés indiens engagés pour travailler dans les colonies.
Contrairement aux auteurs cités précédemment, Le Clézio s'attache moins à décrire la maladie que l'imaginaire stimulé par l'exil en nous-mêmes.
Léon porte le récit à la première personne, retrace sa rencontre avec la belle Suryavati, ou encore ses escapades entre le quartier de la " Quarantaine ", réservé aux Européens, et celui des Indiens.

" La lune éclaire le sable et la lagune. Le vent a lavé le ciel noir. Il fait presque froid. Je marche pieds nus sur mon sentier, sans faire de bruit. Je suis vêtu seulement d’un pantalon et d’une chemise sans col, et l’air de la nuit me fait frissonner délicieusement. J’ai le cœur qui bat comme un collégien qui a fait le mur. Tandis que j’attendais que tout le monde soit endormi, j’écoutais les coups de mon cœur, il me semblait qu’ils résonnaient dans tout le bâtiment de la Quarantaine, jusque dans le sol, qu’ils se mêlaient à la vibration régulière qui marque le passage du temps. Depuis le débarquement, ma montre s’est arrêtée. Sans doute l’eau de mer, le sable noir, ou le talc qui affleure, qui vole dans les rafales de vent. Maintenant, j’ai une autre mesure du temps, qui est le va-et-vient des marées, le passage des oiseaux, les changements dans le ciel et dans la lagune, les battements de mon cœur. "

J. M. G. Le Clézio, (extrait) " La Quarantaine "











Open in new window












Chez l’autrice Laura Kasischke, le récit d’épidémie est un outil pour dresser un portrait au vitriol de la " middle class " américaine d'aujourd'hui.
Jiselle, trentenaire et hôtesse de l’air, s’inquiète de voir sa vie défiler sous ses yeux alors qu’elle n’est toujours pas “ installée ” dans une situation conjugale stable.
Quand Mark Dorn, un commandant de bord veuf et affreusement parfait, la demande en mariage trois mois après leur rencontre, Jiselle n’hésite pas une seconde.
Tandis qu’une épidémie de grippe traverse les Etats-Unis, emportant des centaines de victimes dans sa tornade (la pop-star Britney Spears succombe dès la page 3 !), l’héroïne d’" En un monde parfait " se mue en ménagère pour s’occuper des trois enfants de son tout-nouveau mari.
Disséquer l'épidémie au bistouri littéraire n'est pas l'intention de l'autrice. Elle projette à l'inverse une idée diffuse, lointaine, de la maladie.
Presque irréelle tant les personnages peinent à y croire, la grippe est ici un parfait prétexte pour décortiquer un état d'esprit symptomatique de notre époque.
Finalement, qu’est-ce qu’une pandémie devant la poursuite effrénée du bonheur ?
Dans cette radiographie sardonique de nos sociétés occidentales contemporaines, Laura Kasischke nous embobine dans un récit troublant, tant il fait écho à nos conduites actuelles en réaction à la propagation du coronavirus.
Face à l’appréhension du chaos, l’insouciance et l'urgence de vivre à toute vitesse.











Open in new window













A l’été 1944, Bucky Cantor a 23 ans.
Il vit à Newark, aux Etats-Unis.
Malgré ses grandes aptitudes physiques et son corps de gymnaste, il n’a pas pu rejoindre les corps armés mobilisés pour la Seconde Guerre mondiale, à cause de sa très mauvaise vue.
Il se retrouve alors directeur des terrains de jeux sportifs de " Weequahic ", quartier juif de la ville.
Honteux de ne pas pouvoir participer à l’effort de guerre, il se retrouve pourtant en première ligne d’un tout autre front : une épidémie de poliomyélite.
Touchant principalement les enfants, elle frappe de plein fouet l’entourage de Bucky.
Quand elle ne tue pas, la polio atrophie les membres de ses victimes, les rendant lourdement handicapés.
Comment accepter un tel drame ?
Dans " Némésis ", dernier roman de sa carrière, Philip Roth épluche les émotions suscitées par la fureur d’une épidémie.
Aussi interroge-t-il les réactions de Buck, ce héros, dégoulinant de loyauté et assoiffé de réponses, face à la “ tyrannie de la contingence ”.
Comment mesurer sa culpabilité face à un mal invisible, qui décloisonne toute rationalité ?
L’épidémie est-elle le fait d’une " Némésis ", du nom de cette déesse de la mythologie grecque qui châtie l’excès, la démesure et l’orgueil ?









Open in new window











La ville de Wuhan où le coronavirus s’est envolé rappelle l’Oran irréelle de Camus : des rues désertes, une touffeur résignée qui s’abat sur la population, des navires détournés, le confinement, un entassement de cadavres …
Le jeune médecin lanceur d’alerte Li Wenliang, dont la mort a ému la Chine, a quelque chose du Dr Rieux de Camus.
Nulle politique chez le grand auteur français, nulle description sociologique d’Oran, pas davantage d’études sur les relations entre Algériens et Français.
Oran navigue comme un fantôme dans ce livre poétique, rempli d’un cynisme curieusement salvateur.

« Il semblait que la Peste se fût confortablement installée, dans son paroxysme, et qu’elle apportât à ses meurtres quotidiens la précision et la régularité d’un bon fonctionnaire. »


On psalmodie, on prie, avec l’espoir vain de repousser le Démon.
Du paganisme à l’ère chrétienne, les poètes et romanciers ont de tout temps « chanté » l’épidémie, un exutoire pour mieux parler de Dieu, interroger la Foi, eux qui ont grandi à l’ombre des Divinités de l’Olympe ou de la Bible apocalyptique.

Or, dans le genre épidémique, vous n’avez pas de vilain.
Le mal reste invisible, diffus, sans caractère.
Vous ne pouvez pas le détester, souhaiter son châtiment, le cribler de balles ...

Hitchcock a certainement lu le grand romancier gothique Bram Stoker qui a écrit l’un des plus beaux livres sur l’épidémie et sa terreur.
Né en 1847 à Dublin, il fut un enfant maladif, angoissé par les terribles histoires que sa mère lui racontait à la lueur de la chandelle, les ravages du choléra en Irlande au début du XIXème siècle auxquels elle avait survécu.
Le garçon vivrait avec la hantise de la mort, de la contagion, jusqu’à en infecter toute son œuvre romanesque.
Mais afin de séduire les lectrices, il lui fallait un méchant bien réel.
Il eut l’idée géniale de faire incarner la maladie par un homme vampire, un homme-fléau, Dracula, dont la morsure corrompt le sang de ses victimes.
Un siècle plus tard, Francis Ford Coppola, donnera la vision la plus juste de ce héros maléfique et séducteur, en se référant à la sexualité et au sida.
Bram Stoker fut incinéré.
La rumeur prétendit qu’il était mort de la syphilis.
Contaminé jusque dans la tombe !







Open in new window



Portrait de Bram Stoker













" Le coronavirus disparaîtra un jour, mais l’infection littéraire n’est pas près de s’éteindre et tant mieux."













Open in new window








Commentaires ?
Message d'accueil : Terre Des Mots à 10 ans !
Posté par ¤HanXin¤ le 01/10/2014 20:50:00 (2284 lectures)

Open in new window



Bonjour à tous,



Je n'étais peut-être pas présente lors de la création de Terre Des Mots, mais voilà déjà 10 ans qu'il existe !

Je ne vais pas vous faire l'historique du site puisque vous pouvez le trouver sur Qui sommes-nous ?..

Je souhaite juste laisser une trace, une toute petite car si Terre Des Mots existe, c'est avant tout grâce à Lekatanarouge qui un jour a pris l'initiative de créer ce site, et également à toutes ces personnes qui au fil de ces 10 années ont donné de leur temps et se sont investies des années, des mois, quelques semaines pour le faire vivre : à nos modérateurs et anciens modérateurs.

C'est aussi grâce à vous auteurs et membres. Vous avez laissé trace de votre passage ici ou là et, de par le partage de vos textes et de vos commentaires, vous avez donné une âme au site.

Aujourd'hui, Terre Des Mots vit à son rythme et dans son temps, avec toujours des auteurs qui passent, qui restent un moment puis s'en vont, et reviennent, puis lisent, commentent et partagent ... au rythme des envies et des besoins de chacun.

Terre Des Mots est toujours là après 10 ans d'existence ; après l'apparition des blogs, puis de Facebook et Twitter...


Et pour cela


Je souhaiterai remercier personnellement Altair et Walco pour leur présence sur ce site.
Merci à Racbogoss, pour l'aide apportée dans les coulisses du site.

Et puis un merci tout particulièrement à Jomico pour l'amour qu'il a pour les gens, pour les mots qu'ils déposent et pour son investissement durant toutes ces années sur Terre Des Mots.
Sans toi, Jomico, Terre Des Mots n'existerait plus ! Il prend corps sous ton regard et ta sensibilité à fleur d'humanité.
Merci pour tout.




Open in new window


Lire la suite... | 5 commentaires
Connexion
Identifiant :

Mot de passe :


Mot de passe perdu ?

Inscrivez-vous !

Qui est en ligne
10 utilisateur(s) en ligne (1 membre(s) connecté(s) sur Articles)

Membre(s): 0
Invité(s): 10

Plus ...

Les membres de l'équipe
Webmestres

Lekatanarouge
 

Racbogoss
 
Moderateurs

¤Jomico¤
Administrateurs

¤HanXin¤
 
Z'animateurs !

bamcar

altair

walco
 


Nouveaux membres
MartinaHen 30/05/2017
Sablette 20/01/2017
EnyF 18/01/2017
Eneliram 03/02/2016
phaeton84 01/04/2015
Rosalie 30/03/2015
marica7 15/01/2015
claudius 28/12/2014
furiblond 05/09/2014
Sarego 26/08/2014

AVERTISSEMENT : Tout texte publié sur ce site est la propriété de son auteur